
Markus Zimmermann possède plus de 25 ans d’expérience dans des projets de réduction des risques de catastrophes en Suisse et à l’étranger. Par ailleurs, il enseigne depuis plus de 20 ans la géomorphologie et la gestion des risques naturels et il publie régulièrement des articles sur ces sujets. Il possède également un doctorat de géomorphologie de l’université de Berne. Depuis 18 ans, il collabore étroitement avec la DDC en qualité de conseiller indépendant. Il est l’auteur d’une évaluation de l’impact de l’engagement suisse dans le domaine RRC, qui doit paraître l’année prochaine.
Interview - Prévention des catastrophes – une priorité de la Suisse
Markus Zimmermann, chef suppléant du groupe spécialisé « Environnement et RRC », explique le lien entre les catastrophes naturelles et le développement d’un pays et indique comment la Suisse met à profit son savoir et son expérience en la matière.
En quoi un programme RRC aurait pu être utile face aux inondations catastrophiques du Pakistan?
L’ampleur de la catastrophe au Pakistan est extrême. De nombreux dégâts n’auraient pas pu être évités, même si des mesures de protection avaient été prises avant. Malgré tout, dans bon nombre de régions, les dommages auraient pu être minimisés, et les conséquences pour les personnes touchées, réduites. Avec une solide formation et un bon équipement, l’Etat et les provinces touchées auraient été mieux préparés. Bien que, j’ai envie d’ajouter, la Suisse eût également été fortement mise à l’épreuve dans une situation aussi exceptionnelle. Les bâtiments scolaires de projets suisses, qui ont résisté lors du tremblement en Haïti de janvier dernier, constituent un bel exemple d’intervention RRC ayant minimisé les dommages.
Dans quelle mesure les catastrophes naturelles influencent le développement d’un pays?
Les dangers naturels provoquent des dégâts économiques considérables. Dans le monde, la facture se chiffre à quelque 200 milliards de francs par an. Environ 80% de ce montant concernent des pays industriels et, 20% ou même moins, les pays en développement. Mais la grosse différence, c’est que les dégâts consécutifs à un événement de grande ampleur dans les pays en développement peuvent atteindre 100% du produit intérieur brut (PIB), à l’image du Honduras, lorsque l’ouragan Mitch d’octobre 1998 a provoqué 4 milliards de dollars de dommages pour un PIB de 5milliards de dollars. Dans les pays industriels, le même montant oscille entre 1 et 5% du PIB, comme ce fut, par exemple, le cas lors du terrible tremblement de terre de Kobe, en janvier 1995: cette catastrophe avait coûté à l’économie japonaise à peine 4% de son PIB de l’époque. Les dommages économiques considérables dans les pays en développement ont souvent pour conséquence de mobiliser des fonds, non plus pour le développement durable du pays, mais pour l’aide d’urgence et la reconstruction. Les catastrophes naturelles ont donc une influence négative sur la réalisation des OMD (Objectifs du Millénaire pour le développement).
Malgré tous les problèmes, les catastrophes naturelles présentent également des aspects positifs: elles se traduisent souvent par un boom des innovations et des investissements, grâce auquel certains bâtiments et infrastructures ainsi que des localités et des villes sont reconstruits de meilleure qualité («build back better»). Ainsi, le tremblement de terre au Pakistan en 2005 a entraîné un véritable essor dans la reconstruction. Celui-ci ne s’est certes pas produit partout, mais dans bon nombre de secteurs, avec un niveau de standard bien meilleur qu’avant.
Où se situe le savoir-faire de la Suisse en matière de RRC?
Depuis toujours, les dangers naturels sont bien connus sur le territoire suisse, et nous avons une longue tradition de gestion en la matière. Sur le sujet précis des dangers de la montagne comme les avalanches, les laves torrentielles ou les crues, nous sommes très compétents, aussi bien pour les mesures de prévention telles que l’aménagement de rivières et cours d’eau et le reboisement, que pour les mesures de précaution, les solutions d’assurance notamment. Par ailleurs, les cantons et communes ont une grande expérience dans la gestion des crises et des catastrophes ainsi que dans l’évaluation et la surveillance des risques. En revanche, nous sommes moins performants en matière de sensibilisation ou d’implication de la population. Cette vaste expertise et ces expériences, nous pouvons les mobiliser et les mettre à profit dans le cadre des projets RRC soutenus par la Suisse.
Vous travaillez justement sur une évaluation de l’impact de l’engagement suisse dans le domaine RRC. Comment jugez-vous cet impact?
Depuis plusieurs années, la DDC s’est engagée dans des programmes RRC, auxquels elle consacre 10 millions de francs par an. Les fruits de cet engagement se font sentir dans quatre domaines différents:
En matière de renforcement des capacités (transfert d’expertise), la Suisse a tout d’abord pu agir considérablement dans les domaines de la formation des sauveteurs, de la gestion des crises et de l’élaboration et l’emploi de cartes de dangers et de risques: elle a transmis des connaissances et du savoir-faire aux pays et équipé des unités en conséquence. Dans les communes, le soutien de processus de planification est particulièrement efficace. Ainsi, la Suisse soutient un développement intégrant les risques potentiels, et l’accentuation des risques est empêchée ou, tout au moins, réduite.
Pour la sensibilisation et le dialogue politique, l’impact n’est pas clairement mesurable, car le changement de comportement des personnes n’est visible et mesurable qu’à long terme. Nous avons néanmoins mis en œuvre des projets: ainsi, un pays a élaboré avec nous sa stratégie nationale de réduction des risques.
Le quatrième domaine – la réduction immédiate des risques – est en revanche parfaitement mesurable. Nous avons fait de grandes avancées en la matière. Parmi les résultats concrets, citons la construction d’ouvrages de protection dans des villages du Bangladesh en cas de cyclone, la protection renforcée face à un tsunami par des systèmes d’alerte et des projets dans des bassins versants, où le reboisement et l’édification de digues de protection peuvent minimiser les effets de crues.
Qu’est-ce qui vous intéresse dans la RRC?
Ce qui m’intéresse c'est l’interaction entre l’homme et la nature, et l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre. C’est un sujet qui concerne beaucoup de monde – et pas seulement dans les pays en développement. Grâce à la RRC, on peut contribuer très concrètement à améliorer la situation des hommes, protéger leurs biens et les ressources naturelles et, surtout, assurer la vie. Il est toujours impressionnant de voir combien il est difficile pour l’homme de contenir la nature. Personne n’aurait pu prédire l’ampleur des inondations au Pakistan. La RRC est un défi permanent.
Ulteriori informazioni e documenti
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Planat - Dangers naturels en Suisse
http://www.planat.ch -
Swiss Seismological Service
http://www.seismo.ethz.ch -
ISDR - International Strategy for Disaster Reduction
promoting increased awareness of the importance of disaster reduction as an integral component of sustainable developmenthttp://www.unisdr.org/ -
la Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles
http://www.un.org/depts/dhl/dhlf/disaster/index.html -
PreventionWeb
http://www.preventionweb.net/english/ -
Worldbank - Disaster Risk Management
http://www.worldbank.org/hazards - Aiuti urgenti e la ricostruzione